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Derrière les altmetrics

Les altmetrics évoquent l’open science ou du moins des indicateurs plus vertueux. Découvrez le dessous des cartes.

Une histoire de visibilité. Depuis leur création, le but des altmetrics est de mesurer le rayonnement d’une publication sur les réseaux sociaux. Nés d’un manifeste en 2011, ils sont au départ plébiscités par DORA pour offrir une alternative plus saine au simple décompte du nombre de citations. Divers outils émergent à cette époque, dont ImpactStory – ensuite parti sur les rives de l’open access. Mais les altmetrics ne sont pas restés “alt” très longtemps : les grandes maisons d’éditions ont depuis fait main basse sur ces outils. 

Deux acteurs majeurs occupent aujourd’hui la scène :
Altmetric.com. Racheté en 2012 par Digital Science (lié au groupe Springer-Nature), il est présent sur toutes les revues du groupe.
Plum Analytics. Développé par des bibliothécaires et racheté par Elsevier en 2017, il est maintenant intégré dans Mendeley, Scopus et Science Direct.

Une foultitude de données… les altmetrics peuvent intégrer une multitude de mesures pour une même publication :
– les vues : nombre de consultation de page ou téléchargement ;
– les discussions : nombre de commentaires dans les revues, blogs, Wikipedia, Twitter, Facebook et autres réseaux sociaux ;
– les sauvegardes : dans divers outils de bibliographie comme Mendeley, CiteULikeZotero ou d’autres ;
– les citations : dans la littérature scientifique et tracées par Web of Science, Scopus, CrossRef…
– les recommandations : par exemple sur F1000Prime.

… mais pas toujours open. L’indicateur altmetric est ensuite calculé comme une somme pondérée de toutes les mesures ci-dessus – attention chaque outil possède une recette différente. Si Altmetric.com rend ses données accessibles à tous, ce n’est pas le cas de Plum Analytics. Pour Annaïg Mahé, chercheuse à l’Urfist Paris, il y a un « risque de se détourner de l’open science ».

Utiles pour les revues. Gratuits pour les chercheurs, ces outils sont payants pour les institutions et les revues. Ces dernières sont en effet très friandes de tout ce qui peut mesurer leur visibilité. « Alors qu’aujourd’hui environ la moitié des articles sont tweetés, les revues veulent savoir comment circulent les articles », confie Vincent Larivière, chercheur à Montréal. Mais les altmetrics peuvent aussi être utiles pour les chercheurs (à lire dans notre interview croisée).
Les limites des altmetrics

Sont-elles trop neutres ? Certains points de mesures sont considérés comme pertinents : les citations sur Wikipedia, l’enregistrement dans les bibliothèques (via par exemple Mendeley et Zotero)… Mais d’autres beaucoup moins. Les altmetrics ne distinguent pas si les commentaires à propos d’un article sont positifs ou négatifs – alors qu’une citation est en général un signal positif. 

Que mesurent-elles en réalité ? Un gros problème avec les métriques alternatives est qu’on ne sait pas réellement les interpréter. Ni même pourquoi on les utilise : « Il n’y a pas vraiment de principe unificateur », affirme Vincent Larivière. Selon lui, les altmetrics auraient besoin d’être réorganisées.
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Et pour finir

Queen Marie

Le 4 juillet, c’est la fête nationale aux Etats-Unis mais c’est aussi — et surtout en ce qui concerne TheMetaNews —, l’anniversaire de la mort de Marie Curie, que l’on célèbre avec ce clin d’œil à une actu toute aussi triste.

  
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Voici votre nouveau ministre de la Recherche


Pas de fin de bail rue Descartes
Frédérique Vidal a été reconduite dans le gouvernement Castex. Analyse.

Ce n’est pas la plus grande surprise de ce remaniement. Mais le maintien de Frédérique Vidal dans un ministère au périmètre inchangé (Enseignement supérieur, Recherche, Innovation, toujours dans cet ordre) n’était pas gagné d’avance. Les pronostics allaient bon train sur son éventuel successeur (dont l’actuel conseiller élyséen à la recherche, Thierry Coulhon), tout comme les rumeurs de départ

La recherche au second plan. La principale leçon à tirer de ce remaniement somme toute limité, (neuf entrants sur 31 nominations), c’est que la recherche et l’enseignement supérieur n’ont jamais été sur le devant de la scène politique, malgré un budget de près de 30 milliards d’euros. Comme s’ils ne constituaient pas un enjeu majeur pour la Nation…

Finaliser la loi Recherche. La loi de programmation pluriannuelle de la recherche — qui ne s’est jamais appelée loi Vidal — devrait passer au conseil des ministres le 15 juillet prochain. La première étape d’un nouveau mandat qui s’annonce aussi chargé d’embûches que le précédent pour la ministre.
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Interview

Catherine Dargemont : « Une évaluation n’est pas un tableau Excel »

Comment évaluer les labos ? La chercheuse Catherine Dargemont, candidate au Hcéres, explique à TMN sa vision.

Emmanuel Macron avait appelé en novembre dernier à changer un système d’évaluation « mou, sans conséquence », qu’en pensez-vous ?  

Emmanuel Macron parlait surtout, je crois, de l’évaluation des laboratoires qui cristallise tous les débats aujourd’hui. Pour que ce soit moins mou, les évaluations doivent répondre à des questions ; des saisines claires des tutelles permettraient de mieux contextualiser l’évaluation. On ne peut pas évaluer de la même manière tous les laboratoires, indépendamment de leurs missions, de leurs disciplines…. Il faut éviter de bêtes études bibliométriques — qui contredisent d’ailleurs les chartes internationales, comme Dora dont l’Hcéres est signataire — et n’éclairent personne. Une évaluation n’est pas un tableau Excel. Si l’évaluation se doit d’être discriminante, encore faut-il que ce soit selon des critères pertinents et adaptés aux laboratoires évalués.

Est-ce que l’évaluation des équipes ne se confond pas parfois avec l’évaluation des personnes ?

C’est la question, cruciale, du grain de l’évaluation qui peut aller d’un projet porté par une personne, jusqu’à une équipe de 200 personnes. Je propose d’évaluer les grands axes de recherche développés par les laboratoires, indépendamment de leur structuration interne. Ça évitera de trop “personnaliser” les évaluations qui peuvent alors être vexatoires, ce qu’il faut absolument éviter. Le Hcéres ne fait ni de l’évaluation de personnes, ni de l’évaluation de projets. Evaluer les axes de recherche permettrait d’émettre des recommandations plus directes et plus constructives, que les laboratoires pourront assumer plus collectivement.

Faut-il faire évoluer l’Hcéres vers plus d’indépendance ?

Le Hcéres ce n’est pas un ovni dans l’ESR, son cadre et ses missions sont définis par la loi. En revanche, il jouit de l’indépendance quant aux procédures et référentiels qu’il utilise et aux recommandations qu’il émet. Cette indépendance est déjà assurée par le fait que le Hcéres soit une Autorité administrative indépendante. Le passage en Autorité publique indépendante, que je préconise, ne changerait donc rien à l’indépendance de l’évaluation mais doterait le Hcéres d’une personnalité morale, il serait donc responsable de son budget et aurait le droit d’ester en justice. Sans personnalité morale, le Hcéres ne peut pas coordonner de programmes européens ou facturer des prestations à l’international. Ce statut faciliterait le développement de ressources propres.

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Outils

Zotero un jour…

Promis, on arrête de vous parlez de Zotero après cette fois-ci. 
Mais on voulait vous partager ce blog qui y est consacré, dans lequel vous trouverez des tonnes de bonnes astuces.
Voici par exemple trois sites permettant d’importer une bibliographie sous Zotero : AnyStyle, Citation Finder et Reference Extractor vous génèrent un fichier .bib à importer dans Zotero (ou ailleurs) à partir d’un simple copier-coller.
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Actualité

Vie et mort d’une fake news


Non, la loi n’autorise pas la vente d’animaux de compagnie à des laboratoires.
Le décret du 17 mars renforce même la législation

Tout part du Journal officiel. Plus précisément le 17 mars dernier, avec la parution d’un décret sur l’expérimentation animale semblant alléger les dérogations sur la provenance des animaux de laboratoire, en supprimant la phrase suivante : « lorsque la production des éleveurs agréés est insuffisante ou ne convient pas aux besoins spécifiques du projet ». C’est en réalité l’inverse, comme le souligne le Gircor, qui indique que les dérogations ne pourront désormais plus être obtenues que sur justification scientifique. 

Caisses de résonance. Mais, interprétant cette suppression comme un allégement, l’association One voice tente d’alerter l’opinion publique : les particuliers pourraient dorénavant vendre leurs animaux à la science. Le message, amplifié par la Fondation 30 millions d’amis, est ensuite massivement relayé par les médias nationaux (ici ou ici) avant qu’il soit “debunké” parfois par les mêmes medias. Le 29 juin, l’association 30 millions d’amis a d’ailleurs fini par reconnaître son erreur à demi-mot.

Quid d’un assouplissement ? Si l’on revient au texte du 17 mars et à cette dérogation sur justification scientifique, « elle peut concerner des études sur la faune sauvage, par exemple, mais il faudra justifier d’un impact et les ministères devront donner leur approbation », analyse Serban Morosan, vice-président du Gircor. Last but not least, le décret augmente même le nombre de sièges des associations de protection animale (comme la Fondation Brigitte Bardot) au sein des commissions ad hoc du ministère.
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Interview

Arnaud Saint-Martin : « Je n’ai jamais sorti mon badge CNRS en campagne »

Chercheur, Arnaud Saint-Martin est devenu élu municipal à Melun (77). Le sociologue raconte à TMN cet entre-deux.

Comment concilier activité de recherche et engagement politique ?

Je ne suis pas chercheur quand je fais de la politique, je n’ai jamais sorti mon badge CNRS en campagne. Ma démarche a commencé en 2013 comme un citoyen lambda, je comparais les offres politiques et j’ai fini par assister aux conseils municipaux. La militance est un champ de ruine dans ces villes-là [Melun en Seine-et-Marne, en l’occurrence, NDLR] et je me suis rapproché des gens avec qui j’étais en sympathie. Je me suis politisé au niveau local, sans l’être au niveau national.

Peut-on s’empêcher totalement de faire de la science ?


Mes compétences de sociologue me sont utiles : j’ai donné des cours de sociologie à l’université inter-âge et je collabore au magazine local Le Quart de brie. Mais je ne suis pas sociologue quand je tracte au marché, que je colle des affiches ou lorsque que je co-écrit le programme de campagne : on est dans ces cas là dans un travail de conviction. J’ai bien des notes qui viendront nourrir un livre sur cette expérience singulière dans une ville moyenne de province mais chaque champ a ses activités, ses contraintes. Dans le champ scientifique, on fait de la science. En politique, on fait de la politique.

Comment allez-vous organiser votre vie ?


Ce sera finalement moins compliqué que pendant la campagne où le travail militant prend énormément le temps. Mais maintenant que l’essentiel du travail de contre-expertise est fait, il s’agit de continuer à faire exister l’opposition au niveau local. C’est un travail d’élu de base, avec un conseil municipal par mois qui m’attend. Je veux tout de même pouvoir développer une université populaire dans la commune et un observatoire de l’action municipale pour continuer à parler à tous les citoyens.