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Interview

Valentin Amrhein : « Détecter des abus statistiques doit devenir une priorité »

Ce n’est pas une pétition, même si cela y ressemble beaucoup, qui a allumé la mèche le 20 mars dernier dans un article de Nature.
854 scientifiques de tous horizons et de toutes nationalités, dont une trentaine de Français, se sont élevés dans ce texte contre la significativité statistique ou plutôt l’usage que les chercheurs en font. Le papier a atteint très rapidement des scores stratosphériques. Et pour cause, c’est une bonne partie de la manière de faire de la science que les “pétitionnaires” veulent totalement réformer car cela serait porteur de trop d’imprécisions et de fausses interprétations.
Et maintenant ? TheMetaNews a interrogé l’un des principaux “frondeurs”, Valentin Amrhein. 33

Votre pétition dans Nature a-t-elle d’ores et déjà été suivie d’effet ?

VA. : Nous avons eu un nombre important de réponses et beaucoup de retours positifs mais il est trop tôt pour dire si les choses vont changer à long terme. J’éviterais d’ailleurs le mot “pétition”, même si il est vrai que cela y ressemble beaucoup. Tous les chercheurs peuvent agir en prévenant leurs collègues.

Quelles erreurs sont-elles le plus souvent commises, selon vous ?

VA. : En cas de P>0,05 dans une étude ou lorsque l’intervalle de confiance inclut zéro, une différence ou une association est souvent écartée. Cette erreur se voit encore dans près de la moitié des papiers publiés. Il serait tout d’ailleurs aussi faux de déclarer qu’un résultat est vrai parce que P<0,05. C’est peut être le signe le plus clair que la manière dont nous utilisons ces outils est totalement fausse. 

Avez-vous planifié d’autres “actions” ?

VA. : Oui nous allons écrire plus de “comments” à destination d’autres journaux car, comme nous l’écrivions dans Nature, détecter des abus statistiques dans la littérature doit devenir une priorité pour la communauté scientifique.

Pour une liste pratique de Do’s & Don’t, lisez cette publi très complète d’American statistician parue également fin mars.
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Interview

Geneviève Almouzni : « Nous sommes optimistes pour LifeTime »


Le projet LifeTime va-t-il décrocher la Lune ? 

Ce projet international et transdisciplinaire est soutenu au plus haut niveau par la France et l’Allemagne, et sa direction est partagée entre Nikolaus Rajewsky du centre Max Delbrück à Berlin et Geneviève Almouzni de l’institut Curie à Paris. A la veille de la conférence de lancement du projet LifeTime, qui aura lieu à Berlin les 6 et 7 mai prochain, TheMetaNews fait le point avec Geneviève Almouzni.

L’avenir de LifeTime passera-t-il nécessairement par un financement flagship au niveau européen ?

Pas nécessairement car l’instrument flagship de Horizon 2020 n’a pas aujourd’hui de correspondant exact dans le nouveau programme cadre. Nous sommes dans une phase de transition avec Horizon Europe, il s’agit de définir la forme que pourra prendre le ou les soutiens à notre initiative ; c’est un point sur lequel nous travaillons étroitement avec les instances européennes. Nous abordons une période électorale mais nous ne sommes pas inquiets et même plutôt optimistes : nous avons déjà reçu un soutien important et nous souhaitons développer les moyens de changer la médecine du futur en s’appuyant sur des recherches innovantes.

Quel est votre calendrier pour les mois à venir ?


Pour l’instant, nous bénéficions d’un financement (un million d’euros, NDLR) pour une année de travail afin de consolider notre proposition. Le programme va être cadencé par nombre de réunions et de conférences, avec tous les acteurs concernés dans toutes les disciplines et tous les pays. Nous devons coordonner nos efforts et proposer une formalisation du programme qui s’échelonne sur 10 ans. Avec un groupe multidisciplinaire, nous allons maintenant sélectionner les pathologies les plus pertinentes, que ce soit dans les maladies infectieuses, neurodégénératives ou cardiovasculaires, les cancers… pour accélérer le passage de la “discovery” jusqu’au patient.

Projetons-nous dans dix ans justement, quels seront les débouchés du projet LifeTime ?

Nous n’attendrons pas dix ans pour délivrer quelque chose, que ce soit de la technologie, avec les industriels ou les start-up concernés, ou des modèles expérimentaux originaux reproduisant des situations pathologiques chez les patients. Je vous donne juste un exemple : le développement d’organoïdes sur des puces construits à partir de cellules de patient. On pourrait ainsi accéder à un « mini-cœur » pour tester les méthodes d’intervention les plus adaptées. Nous allons, en outre, développer des possibilités d’analyse très fines grâce à la technologie « single cell » avec la puissance de l’intelligence artificielle pour tirer parti des données ; on peut même imaginer intervenir sur des prédispositions pour les corriger.